Comment notre lien au vivant impacte nos collectifs et ce qu’ils produisent ?
Le constat actuel : un environnement de travail “déconnecté”
Nos lieux de travail sont la plupart du temps assez éloignés du vivant : les bureaux se trouvent dans des zones commerciales, ou des zones d’activités, souvent pauvres en biodiversité et denses en bâtiments et infrastructures. Les espaces urbains (qui sont pour la plupart d’entre nous nos lieux de vie) sont construits pour que l’espace soit le plus optimisé et fonctionnel possible. Les écosystèmes naturels deviennent alors pour nous des éléments externes à nos vies quotidiennes : des lieux dans lesquels on part en vacances pour “se ressourcer”, “changer d’air”.
Si l’on regarde plus en détail nos collectifs, on peut retrouver ce même éloignement au vivant : quelle que soit la taille de l’entreprise ou de l’équipe, on peut se sentir isolé.e. L’organisation du travail est très optimisée, liée aux objectifs de “sur”performance (cf. L’entreprise robuste, Olivier Hamant). Les contraintes qui découlent de cette organisation nous prennent tellement d’énergie que l’on n’a pas le temps de se parler, de travailler ensemble, de s’entraider. On a du mal à se transmettre les informations même essentielles : cette quête du “toujours plus”, “toujours plus vite” finit par nous épuiser.
Ce tourbillon quotidien nous empêche d’être à l’écoute de ce qu’il se passe en nous. Qu’est-ce qui me motive profondément ? Qu’est-ce qui me fait plaisir ? Quelles sont mes valeurs et mes convictions ? Quels sont les changements auxquels je souhaite contribuer ? On écoute de moins en moins nos rêves, nos envies, nos désirs, puisqu’ils sont considérés irréalisables ou improductifs par l’organisation actuelle. Alors on peut perdre le sens de ce qu’on l’on fait, se désengager ou même se sentir impuissant.
La déconnexion au vivant se vit à plusieurs niveaux : à l’intérieur de soi, avec les autres et avec l’environnement extérieur.
L’importance de réintégrer le vivant dans nos organisations : concrétiser les projets complexes
Nos différentes expériences nous ont montré que le rapport que chacun de nous entretient avec le vivant a des répercussions sur la manière que nous avons d’interagir ensemble et donc sur les activités d’un collectif.
Plus nous apprenons à nous comprendre nous-même et à nous relier à ce qui nous donne envie d’agir profondément, plus nous pourrons trouver notre juste place dans un projet et dans un collectif. Cet investissement (à la fois en temps et en énergie) est nécessaire pour trouver et conserver du sens et de la cohérence à nos activités professionnelles. Ce sont des moteurs pour avancer concrètement dans nos actions et nous soutenir dans la durée.
De même, en faisant l’effort de connaître ses modes de fonctionnement et de réactions émotionnelles, nous améliorons la qualité de nos relations. Nous pouvons alors créer des liens plus authentiques avec les personnes impliquées dans nos projets, ce qui facilite la confiance et donc la coopération. En faisant du collectif “un projet dans le projet”, on accorde de l’attention aux signaux faibles captés par chacun des membres, on perçoit l’invisible du collectif, dans sa dimension organique et vivante.
Apprendre sur le vivant qui nous entoure, sur son territoire, ou encore passer du temps en nature sont des sources d’émerveillement et d’énergie. A l’échelle d’un collectif, cela permet d’élargir sa vision d’un projet et de mesurer pleinement les conséquences qu’il a au-delà de la rentabilité économique. En effet, percevoir le collectif dans son environnement (territoire, parties prenantes…) permet d’anticiper les changements, les difficultés rencontrées afin d’ajuster les projets au réel. Cette démarche a un intérêt fort notamment pour les projets de transition écologique et sociale, qui embarquent des contraintes complexes et de nombreuses parties prenantes. Ces derniers nécessitent souvent des changements profonds dans les activités de l’entreprise au-delà de la réduction d’impacts négatifs.
Chacun contribue au système à travers ses états intérieurs (émotions, motivations, vitalité…). La qualité de ce qui est produit en collectif, et son impact sur le vivant, dépend de l’état intérieur des participants.
Revitaliser nos organisations : quelques clés bioinspirées
Comment renforcer le lien au vivant lorsqu’il est éloigné voire perdu ? Quelles actions concrètes mettre en place dans l’organisation ?
Voici quelques pistes (cette liste est non-exhaustive) :
cartographier les parties prenantes et leurs liens pour percevoir le système de son collectif et révéler les dynamiques invisibles,
créer des alliances transversales avec d’autres métiers de l’entreprise pour appréhender la complexité des projets,
prendre des temps de réflexivité pour faire le point sur le fonctionnement collectif et reconnaître les contributions de chacun,
apprendre et s’émerveiller des fonctionnements du vivant pour s’y connecter voire s’en inspirer,
prendre un temps collectif en nature pour prendre de la hauteur sur les événements vécus et amorcer des changements concrets dans la dynamique collective.
Ces actions permettent d’alimenter le lien au vivant à plusieurs échelles : en soi, entre soi et les autres, et à l’extérieur de soi. Il s’agit cependant d’une attention constante à garder : la connexion individuelle et collective que l’on a au vivant évolue constamment en fonction de nos vécus et de nos sensibilités.
C’est une démarche qui permet d’amorcer un changement profond dans la manière que nous avons de travailler ensemble, pour pouvoir produire des solutions à la hauteur des enjeux de notre époque.