Organisations bioinspirées : Comment travailler l'immatériel dans les projets collectifs ?

Message préalable : Cet article ne traite pas d'intelligence artificielle. 

La conduite de projets collectifs représente un défi permanent dans nos organisations. Malgré l'enthousiasme initial et la force d'une vision partagée, la réalité du terrain nous confronte invariablement à des obstacles : divergences d'intérêts, différences de perspective, contraintes opérationnelles et structurelles.

Plus un projet est ambitieux, plus il met ses participants à l'épreuve. Ce qui semblait fluide aux prémices du projet peut devenir source de tensions au fil du temps. Cette évolution révèle progressivement des contradictions structurelles et des zones d'ombre jusqu'alors invisibles.

Au cœur de toute initiative collective se trouve ce que nous appelons "l'intangible" : un ensemble d'éléments immatériels comprenant les compétences, le sens donné aux actions, les motivations individuelles et collectives, les relations interpersonnelles, les accords tacites, les croyances partagées et les attentes non exprimées. Ces éléments, bien qu'invisibles, exercent une influence déterminante sur le vécu des équipes et les résultats des projets.

Si les périodes de tension sont inévitables dans la vie d'une organisation, nous avons le choix de les traiter ou non. Nombreuses sont les structures qui évitent cette confrontation, faute d'outils adaptés ou par crainte de complexifier des projets que l'on souhaiterait simples et linéaires.

L'inspiration des écosystèmes naturels

Dans la nature, chaque espèce contribue à l'équilibre global de son écosystème. Le dysfonctionnement ou la disparition d'une espèce déclenche des mécanismes de régulation qui, selon leur ampleur, peuvent fragiliser voire détruire l'ensemble de l'écosystème - les exemples contemporains ne manquent malheureusement pas.

Cette dynamique trouve son équivalent dans nos organisations : chaque individu influence l'écosystème social. L'expression non régulée d'émotions, de difficultés, de frustrations ou de ressentiments peut déstabiliser l'ensemble du système, affectant tant les relations interpersonnelles que l'avancement des projets.

L'approche bioinspirée : anticiper et agir

Une organisation bioinspirée développe des pratiques pour détecter et traiter ces éléments intangibles avant qu'ils ne se manifestent par des dysfonctionnements majeurs. La Théorie U, par exemple, propose un ensemble d'outils permettant de prendre soin de la qualité du champ social et d’agir de façon plus pertinente. Elle pose comme principe fondamental que la qualité d'une intervention dépend de l'état intérieur des participants - ces états représentant soit des nutriments, soit des polluants pour le système.

La capacité à identifier et à travailler ces aspects en profondeur devient alors cruciale pour la santé du collectif. 

Conclusion

Les organisations bioinspirées se distinguent par leur aptitude à travailler cette matière intangible en développant une perception élargie qui intègre tant les aspects tangibles qu'intangibles. Plus qu'une simple approche théorique, c'est une pratique vivante qui nécessite expérimentation et engagement.

Nos expériences d’accompagnement ont montré que ces pratiques transforment la manière dont ces organisations abordent leurs défis : plutôt que de subir, elles apprennent à vivre et à transformer les enjeux collectifs pour en faire des leviers de développement.

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