Très humain vs Transhumain - Vallée du silicium d’Alain Damasio

“La technologie nous dévitalise en nous donnant l'illusion de faire plus de choses, qu'on fait pourtant moins bien."

A l’heure où l’intelligence artificielle est au cœur de toutes les discussions, ce livre vous permet de faire le plein de vitamines pour réfléchir à notre rapport au numérique.

Alain Damasio, célèbre romancier de science-fiction, se rend aux USA au cœur de la Silicon Valley à la rencontre de ceux qui fabriquent la tech que nous utilisons au quotidien et qui vivent déjà notre futur. Il nous partage dans cet essai de nombreuses réflexions à partir de ce qu’il y a perçu et met en exergue les failles de ce modèle souvent mis sur un piédestal.

La question centrale est de comprendre l’idéologie sous-jacente qui modélise les usages du numérique dans le monde (”numiversel”), et comment ces technologies modifient notre rapport au vivant, aux autres humains et à nous-même. Si on essaye de résumer brièvement :

  • La technologie est extrêmement séduisante : elle détourne nos peurs (de la solitude, de l’incertitude ou de l’insécurité), outille notre paresse (orientation, mémoire, créativité), assouvie notre ambition de contrôle sur notre environnement, mais ce faisant nous prive de toute altérité en nous enfermant dans des “technococons.

  • En effaçant l'altérité du monde, la technologie brise nos liens et l'empathie, pour ensuite les recrée par simulation et en se nourrissant par la donnée créée. Nous sommes connectés, mais non ne sommes plus liés entre nous. L’exemple de la Silicon Valley est frappant car tout y est aseptisé, lisse, arrondi. Les formes de vie sont mises à distance, les inégalités criantes ignorées, et même son propre corps est perçu à travers le numérique. Aussi, lorsque nous acceptons de déléguer à la technologie une action, nous y perdons en autonomie et en puissance d’agir sur le monde.

  • Il conclut que face à ce modèle “Transhumain” (dont le rêve est de supprimer la mort - l’altérité la plus radicale), qui est issue d’une culture très particulière et sans conscience de limites écologiques, il faut proposer un contre-modèle Très humain” qui favorise les liens entre les humains, reforme du collectif autour de technologies conviviales (ou low-tech), c’est-à-dire des technologies maîtrisables et écologiques qui nous épanouissent au lieu de nous asservir.

Ce nouveau modèle doit nous rapprocher du vivant de manière générale, et faire en sorte que l’on s’émerveille devant l’intelligence animale, bien plus évoluée que n’importe quelle “intelligence” artificielle.

Cette conclusion raisonne fort car chez Holomea, la bio-inspiration est un pilier de nos réflexions autour du collectif et des technologies. Si ces notions vous intéressent également, foncez lire cet ouvrage très riche et brillamment rédigé !

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