Et si l’on tenait compte des cycles du vivant pour organiser les activités "productives" ?
Plus vite !
Petite anecdote vécue : un dirigeant souhaitait accélérer un projet car la date prévue ne lui convenait pas. Face aux refus des équipes, il a proposé d’augmenter le nombre d’intervenants et de réduire la durée. Cependant, cela s’avérait impossible : certaines étapes devaient être réalisées dans un ordre précis et nécessitaient une montée en maturité progressive. Il était pourtant difficile de lui faire accepter cette réalité. À un moment, il est même allé jusqu’à proposer un budget supplémentaire, mais les nouveaux refus l’ont profondément agacé.
La réponse qui l’a "calmé" : 9 femmes enceintes pendant 1 mois ne fabriqueront jamais un bébé.
Le temps : une simple question de quantité ?
Nos modèles organisationnels sont fondés sur un découpage standardisé où 8 heures correspondent mécaniquement à 8 unités de travail. Dans de nombreux contrats, nous achetons avant tout des unités de temps.
Nous comparons les jours, les mois et les trimestres selon une logique comptable qui divise, lisse et uniformise. Cela permet de parler de rythme de travail, mais pas de cyclicité. Une question comme 'Est-ce le bon moment pour lancer tel projet pour les équipes ?' n’a, dans ce cadre, que peu de place.
Éducation forcée au temps linéaire
Depuis la révolution industrielle, nos activités ont profondément évolué. Nous sommes passés d’une société majoritairement agricole, rythmée par les cycles du vivant (avec la production concentrée au printemps et en été), à des activités industrielles et tertiaires, souvent exercées derrière un écran.
Cette transformation nous a progressivement déconnectés des cycles naturels, mais aussi de nous-mêmes : nous avons perdu l’habitude d’écouter nos propres rythmes. Ce changement s’est opéré à marche forcée, au prix d’une “éducation” à la dictature d’un temps linéaire. L’excellent ouvrage Temps, discipline du travail et capitalisme industriel d’Edward Thompson en expose toute la logique.
Un symptôme évident mais on ne fait pas le lien
Le symptôme le plus répandu : la fatigue, voire l’épuisement. Nous nous reprochons souvent de ne pas nous reposer suffisamment. Cela est peut-être vrai, mais nous négligeons un facteur clé : notre ignorance des cycles naturels auxquels nous restons soumis, que nous le voulions ou non.
Fatigue et épuisement sont intimement liés à notre vision linéaire du temps.
En hiver, par exemple, nous ressentons davantage de fatigue, et pourtant nous maintenons un rythme de travail intense, comme si les saisons n’avaient aucune influence sur nous.
Dans le vivant
Dans le vivant, tout est cyclique : les saisons, l’alternance du jour et de la nuit, etc. Il existe des périodes où la nature produit, et d’autres où elle se retire, adoptant différentes stratégies comme la dormance chez les plantes ou l’hibernation chez certains animaux.
Les peuples racines partagent également une vision cyclique du temps. Ils reconnaissent des phases dédiées à la production et d’autres consacrées à l’intégration des apprentissages et à la régénération, en préparation du cycle suivant.
Roue des natifs : des temps productifs et des temps non productifs
Comment intégrer les cycles naturels dans nos organisations ?
Il n’existe pas de réponse universelle, car il n’y a pas un cycle unique, mais une multitude de cycles. Ceux propres à chaque secteur, avec ses pics d’activité, ses phases stratégiques et ses dynamiques spécifiques. L’enjeu est donc de réconcilier les cycles naturels, organisationnels et individuels.
Cela implique surtout d’accepter la variabilité et la discontinuité. Après tout, même les machines nécessitent des phases de maintenance ! Les sportifs savent que la récupération fait partie intégrante de l’entraînement : un sportif performant n’est pas un sportif épuisé. Peut-être nos critères de performance sont-ils devenus littéralement hors sol.
Plus philosophiquement, quel sens profond y a-t-il à vouloir être homogène tout au long de l’année ? Aurions-nous peur de ces temps de "vide" ? 😊